LE “LEOPOLVILLE”
Paquebot belge torpillé au large de Cherbourg

 

HISTOIRE:

Le Bateau :

Bien qu'il eût subi une révision complète huit mois auparavant, le Léopoldville paraissait, aux yeux des Américains, vieux, fatigué et sale. Construit à Hoboken, dans le New Jersey, en 1929 par John Cockerill et Fils, il avait été mis en service pour les Lignes royales belges Lloyds pour transporter du fret et des passagers du Congo belge et de divers ports d'Afrique jusqu'au port d'Anvers, en Belgique. Quand la guerre avait éclaté, il avait été transformé en transport de troupes à Liverpool. Au cours des quatre années suivantes, il avait surtout transporté des troupes anglaises en Méditerranée. Après l'invasion de la France, il fit vingt-quatre traversées d'Angleterre jusqu'aux plages de Normandie où il débarqua 53 000 hommes. Jusqu'à son dernier voyage, le Léopoldville transporta sans dommages 124 240 soldats dans les eaux dangereuses, jusqu'à leurs destinations.

Le Léopoldville était évalué à 11500 tonneaux. Il mesurait 143 mètres de long sur 19 mètres de large. Ses moteurs lui permettaient une vitesse de dixsept noeuds. Il était pourvu de quatorze chaloupes capables de transporter 797 personnes, quatre grands radeaux, cent cinquante-six radeaux Carley et 3 250 ceintures de sauvetage. Dix canons Bofors, un canon avant de trois pouces, un canon arrière de quatre pouces et un canon anti-aérien de trois livres constituaient son armement. L'équipage se composait de cent vingt Belges, quatre-vingt-treize Congolais et d'un contingent britannique de trente-quatre officiers et hommes d'équipage qui s'occupaient des canons et surveillaient l'embarquement et le débarquement des troupes.

Le naufrage :

Préparatifs de départ :

Au milieu du chaos et de la confusion se leva l'aube du 24 décembre, veille de Noël.

A neuf heures, les troupes étaient enfin embarquées et prêtes pour la courte traversée de la Manche. Les hommes étaient nichés dans leurs compartiments surpeuplés. La plupart essayèrent de dormir, leurs estomacs réclamant un petit déjeuner qui ne leur fut jamais servi.

Glissant le long du quai, le Léopoldville quitta le port de Southampton. Dans son sillage, le Cheshire suivait comme un chien obéissant. Les deux navires étaient chargés au maximum. En gros, 4 500 soldats entreprirent ce jour-là les neuf heures de la traversée.

Dès la sortie du port, le pilote quitta le navire de tête. Passant au-dessus des filets anti-sous-marins, les transports de troupes entrèrent dans les eaux de la Manche. Fonçant dans le chenal séparant l'Angleterre de l'île de Wight, le Léopoldville et son convoi trouvèrent des escorteurs, le HMS Brilliant, l'Anthony et le Hotham ainsi que la frégate française Croix de Lorraine qui se mirent en position de défense des deux transports de troupes. La routine, en somme.

Après sept heures de traversée, le vent et la mer autour du convoi atteignirent la force 6. Les 2 235 passagers du Léopoldville n'étaient plus qu'à vingt-cinq milles au nord-est de Cherbourg.

Il restait à peine deux heures à vivre pour un tiers d'entre eux.

L’attaque :

Bien que les Allemands n'aient jamais cessé de construire des U-boats à un rythme rapide et furieux pendant l'hiver 1944-1945, les Alliés les coulaient aussi vite qu'ils quittaient les chantiers navals. L'Oberleutnant Gerhard Meyer savait parfaitement que ses jours étaient comptés. Le U-486, le navire de Meyer, était l'un des rares sous-marins à marauder dans les eaux de la Manche du côté anglais. Naviguant tout au fond pendant la journée et ne remontant que la nuit, le U-486 était sans cesse pourchassé par les hordes de destroyers et par l'aviation anti-sous-marine.

Terminé neuf mois avant que le Léopoldville ne commence son dernier voyage, le U-486 était le dernier cri des sous-marins allemands. Le sous-marin Classe C, type VII était équipé d'un snorkel repliable permettant au bateau de rester en immersion pendant de longues périodes. Il n'avait plus besoin de se montrer pour recharger ses batteries. Le snorkel ventilait les

moteurs diesel et l'engin pouvait naviguer à 14,50 mètres, sa profondeur périscopique, pendant des jours et des jours.

Ayant couvert la longue distance depuis sa base en Norvège, Meyer aurait préféré être n'importe où plutôt que dans ces eaux froides au large des côtes de Normandie, en cette veille de Noël. Il était 17 h 45. Il faisait sombre, avec une vague lumière se reflétant sur les nuages à l'ouest. La mer était houleuse, aiguillonnée par un vent vif de tempête.

Dépliant les poignées d'acier, Meyer posa son front contre le viseur et regarda par les lentilles du périscope. Le ciel n'était qu'une tempête de gris. Dés paquets de nuages aux formes changeantes reflétaient la lumière mourante du soleil. Des rideaux de neige fondue, poussés par le vent de l'orage approchant, faisaient la course sur la mer puis changeaient de direction comme par caprice. La mer démontée roulait au-dessus de l'extrémité du périscope.

Tournant l'instrument, Meyer regarda vers la côte, à cinq milles de là. Dans le port protégé de Cherbourg, les lumières de la ville scintillaient dans la nuit tombante. Il remit le viseur vers le large, essayant de percer les ténèbres en direction de l'Angleterre. C'est alors qu'il aperçut quelque chose.

Il distingua les contours de deux gros navires de guerre et de deux escorteurs. II y avait aussi plusieurs autres bâtiments, de plus petits qu'il crut reconnaître comme des chalands de débarquement LST américains. Il allait falloir tirer vite et juste car il n'aurait pas l'occasion d'une deuxième tentative. Meyer avait une sainte frousse des escorteurs qui, il le savait, pouvaient arriver au-dessus du U-486 une minute après qu'il ait lancé sa torpille.

- Armez les lance-torpilles un et deux ! ordonna-t-il.

A 17 h 56, Meyer s'aligna sur le plus gros navire du convoi. La proue du sous-marin se déplaça imperceptiblement tandis que Meyer ajustait le tir. Puis il donna l'ordre de tirer.

-Baissez le périscope et plongez! cria-t-il. Vite! Vite! Filez vers la côte pour semer les chiens!

Meyer n'attendit pas pour voir les vies détruites par ses torpilles. Il savait seulement que l'une avait manqué son coup mais il avait eu la satisfaction d'entendre l'explosion étouffée de celle qui avait atteint son but.

- On l'a eu! annonça-t-il à l'équipage qui éclata en applaudissements.

L’alerte :

Un membre du contingent britannique à bord du Léopoldville servait de vigie dans le nid-de-pie du mât arrière. A dix-huit heures, il cria aux marins chargés du canon arrière de quatre pouces :

- Hé! Les gars! Je viens d'apercevoir les bulles d'une torpille.

- Vous êtes sûr ? demanda un jeune lieutenant de vaisseau.

- J'ai vu des bulles.

- ouvrez l'oeil pour...

- Une autre! Une autre! le coupa la vigie. Torpille à tribord!

L’impact et ses conséquences :

Dans les entrailles du navire, la plupart des soldats dormaient quand la torpille frappa la cale numéro 4 tribord arrière. Les rivets éclatèrent et volèrent comme des balles de mitraillette. Des centaines d'hommes moururent sans savoir ce qui les avait frappés. Les observateurs sur le pont jurèrent qu'ils avaient vu des morceaux de corps s'élever en l'air.

On ne revit aucun des hommes assignés aux compartiments G4 et F4.

Le compartiment G4 était occupé par 185 soldats. Juste au-dessus, dans le compartiment F4, 170 soldats dormaient dans des hamacs. Les supports d'acier tenant les cloisons se déformèrent. Le pont F s'effondra sur le pont G, emportant avec lui les escaliers et empêchant toute sortie. Les cris de douleur et de panique furent vite étouffés par l'incroyable invasion de l'eau dans la coque. Les hommes furent entraînés par centaines dans la mer et l'obscurité soudaine. On estima à 315 le nombre d'hommes morts sur le coup. Ils furent moins de vingt à gagner les ponts supérieurs. L'un d'eux, qui ne savait pas nager, fut expulsé par le trou creusé par la torpille et retiré à bord depuis un pont extérieur par des hommes qui l'avaient aperçu.

C'est au mal de mer que Walter Brown, de la Compagnie F, dut d'avoir la vie sauve. Ressentant les effets de la mer démontée, il quitta son compartiment et grimpa vers le pont où il avait l'intention de vomir. Il avait à peine atteint un lavabo quand la torpille frappa. Assommé par le choc, il se réveilla trempé par l'eau sortant des tuyaux brisés. Il se sauva en sautant sur le pont d'un petit navire venu se ranger le long du Léopoldville qui commençait sa descente vers le fond. Il fut le dernier homme à échapper à la mort sans sauter dans l'eau.

Brown et cinq de ses camarades furent les seuls survivants de la Compagnie F. Les 153 autres coulèrent avec le navire.

Crean réunit les douze hommes de son peloton et les conduisit vers les ponts ouverts. Il s'assura qu'ils restaient groupés puis revint avec assez de gilets de sauvetage pour tous. A dix-neuf heures, une heure après que le U-486 eut envoyé sa torpille sur le Léopoldville, Crean apprit que les secours étaient en route. Des bateaux de sauvetage et des remorqueurs venaient, lui dit-on, du port proche pour les y emmener. Mais lorsque le navire commença à giter de dix degrés, il comprit enfin que " cette saleté debateau allait couler ".

Finalement, quand les ordres d'abandonner le navire furent donnés - s'ils furent donnés - ce fut en flamand ou en français et personne ne prit la peine de les traduire. Si les officiers américains de commandement avaient su plus tôt que le navire coulait, beaucoup plus de vies auraient pu être sauvées.

Plusieurs officiers du Léopoldville firent tout ce qu'ils purent pour sauver le navire et maintenir un semblant d'ordre mais la soudaineté du désastre inattendu les dépassa. L'équipage congolais ne perdit pas de temps pour rassembler ses effets personnels. Les Africains se précipitèrent vers les chaloupes. Le médecin du bord, le Dr. Nestor Herrent, offrit ses services au médecin anglais, le major Mumby, et à ceux de la 66' Division. Ses deux infirmers l'avaient déjà abandonné, partant avec la première chaloupe. l'es médecins travaillèrent de concert pour soigner la vague de plus en plus importante d'hommes blessés qu'on amenait à l'infirmerie.

Sur le pont, le commandant Charles Limbor paraissait trop calme. On dit plus tard qu'il était en état de choc. Il ne semblait pas avoir compris l'énormité de la situation. Lentement, il lutta pour retrouver son contrôle quand il devint évident que le navire risquait de sombrer. Mais il n'y réussit pas tout à fait. Informé de ce que l'eau montait rapidement dans la salle des machines, il ordonna d'arrêter les moteurs. Persuadé que des remorqueurs allaient arriver pour tirer le Léopoldville jusqu'à la côte, il fit descendre les ancres pour empêcher le navire de dériver avec le courant. C'était une erreur de jugement qui ne fut que l'une des mille autres erreurs de cette nuit fatale.

La confusion se mêlait au calme tandis que les soldats blessés de la Panther Division se tenaient en formation sur le pont ouvert en attendant les ordres ou tournaient en rond en se demandant ce qu'ils devaient faire. On leur dit seulement d'attendre et de laisser passer les hommes d'équipage.

Ils regardèrent avec amusement d'abord puis avec rage les marins congolais se battre pour descendre les chaloupes. Il y eut quelques hourras parce que les soldats pensaient que c'était pour eux qu'on préparait les embarcations. Mais il devint vite évident que ces hommes abandonnaient le navire !

 

Le naufrage :

 

Un profond grondement arriva de l'intérieur de la coque du Léopoldville lorsque l'eau froide atteignit les chaudières et les fit exploser. Craquant et grognant, la proue s'éleva et entama un mouvement de spirale tandis que le paquebot commençait son dernier voyage vers le fond. On vit des corps tomber comme des feuilles des ponts ouverts. A 20 h 30, dans le puissant sifflement de la vapeur qui s'échappait, le transport de troupes disparut sous l'eau noire par l'arrière et nul ne le revit jamais.

On estime que plus de mille hommes flottèrent un moment dans une eau dont la température ne dépassait pas huit degrés. Plusieurs furent aspirés par le Léopoldville, parmi lesquels le commandant Limbor, dont on ne retrouva jamais le corps. Ce n'est qu'alors que la panique s'installa parmi les hommes qui luttaient pour survivre dans l'eau glacée. Ceux qui ne savaient pas nager s'agrippaient à ceux qui savaient et les entraînaient par le fond. Ce fut comme une foule de supporters de football criant à gorge déployée. Des centaines d'hommes hurlaient, criaient, imploraient l'aide de Dieu. Beaucoup appelaient leur mère. Certains maudissaient tout le monde pour leurs souffrances. Un très grand nombre baissa simplement les bras et mourut par noyade ou par hypothermie. Ceux qui survécurent à cette horrible épreuve la revécurent longtemps en d'affreux cauchemars.

Les équipages des remorqueurs, des corvettes, des garde-côtes et des bateaux de pêche français travaillèrent d'arrache-pied pour remonter ces hommes qui, par centaines, luttaient contre le froid, les vagues et la mort. L'hypothermie emporta très vite ceux qui ne se noyèrent pas. Le froid et l'épuisement sapèrent leurs forces, de même que les lourdes capotes gorgées d'eau et les bottes que, pour la plupart, ils n'avaient pas pensé à enlever. Presque inconscients de froid et de fatigue, bien peu avaient la force de monter seuls sur le bâtiment qui venait les sauver. Ce furent les marins et les pêcheurs qui levèrent les soldats à moitié morts par dessus le bord de leurs bateaux ou qui sautèrent dans l'eau pour les aider.

Un capitaine de remorqueur américain participant au sauvetage, Lewandowski, mit son remorqueur en station immobile. Ses hommes remontèrent soixante-dix survivants avant que les cris disparaissent dans l'obscurité. Alors, à contrecoeur, il retourna au port. Les premiers bateaux arrivant à Cherbourg avec des survivants ramenaient aussi quelques morts. Ceux qui rentrèrent plus tard en ramenaient bien davantage. A mesure que le temps passait, on repêchait de moins en moins de vivants et le nombre des morts prenait des proportions effrayantes.

En arrivant au quai, beaucoup de survivants de la 66' durent se débrouiller tout seuls. On en plaça sous des tentes, dans des baraques ou dans des maisons qui offrirent un abri contre le froid de la nuit. Des centaines d'hommes souffrant de choc et de leur longue attente dans l'eau furent transportés vers les hôpitaux de la ville. On étendit les morts en longues rangées sur le quai. Les infirmiers allaient d'un corps à l'autre, vérifiant si quelques-uns appartenaient encore au monde des vivants. Un prêtre les accompagnait, cherchant les plaques d'identité des morts et accomplissant les rites funèbres pour les catholiques.

Bilan du désastre :

De l'équipage du Léopoldville, le commandant Limbor fut le seul officier à perdre la vie. Le charpentier du bord et trois Congolais moururent également. Etant donné que l'Amirauté se refuse toujours à donner des précisions sur le naufrage, on ignore combien il y eut de pertes parmi le contingent britannique. La 66' Panther Division avait été décimée. Plus de 1400 hommes avaient été secourus. Environ 300 avaient été tués par l'explosion de la torpille et 500, plus tard, dans l'eau. Le nombre officiel des morts s'élève à 802.


Casques abandonnés dans les coursives

 

Ce fut une tragédie due au destin, aux erreurs de calcul, aux fautes et à l'ignorance. Si l'évacuation du navire s'était déroulée dans les règles, des centaines de familles n'auraient pas reçu de télégramme annonçant la perte d'un de leurs proches.

Il y eut des enquêtes officielles, diverses mais limitées. On raconta aux familles que leurs fils et leurs maris étaient morts au combat. Bien peu apprirent la vérité. Le Léopoldville fut balayé sous un tapis et son naufrage perdu dans les rapports officiels.

A part ceux qu'on ramena aux Etats-Unis pour y être enterrés, les hommes dont on retrouva les corps sont ensevelis au cimetière d'Omaha Beach, en Normandie. Il y a, dans ce cimetière, une colonnade appelée le Jardin des disparus, qui rend hommage à 1557 GI américains dont on n'a jamais retrouvé les corps. A l'arrière, gravés dans le mur, figurent les noms des soldats disparus qui reposent toujours au fond de la Manche avec le Léopoldville.

Il y eut deux suites à la tragédie que les survivants du Léopoldville aimeraient bien voir aboutir avant de retrouver les rangs sanctifiés de leurs camarades morts avant eux. L'une est un monument au Cimetière National d'Arlington, honorant les 800 hommes qui trouvèrent la mort avec le navire. La seconde est un timbre dédié à leur mémoire.

Le sous-marin qui déclencha cette terrible tuerie, le U-486, fut lui-même coulé par le sous-marin britannique Tapir quatre mois plus tard. L'Oberleutnant Gerhard Meyer périt avec tout son équipage.

Seul le navire de guerre Arizona, coulé pendant l'attaque japonaise de Pearl Harbor, perdit plus d'hommes que le Léopoldville. Le transport de troupes fut suivi de près par le croiseur malchanceux Indianapolis dont le chiffre des morts s'élève à 783.

 

Bibliographie : Clive Cussler

 

 

LA PLONGEE

Sûrement une des plus belles épaves de Normandie, autant par sa taille et le bon état de conservation de sa structure générale que par sa position géographique qui la libère des contraintes de visibilité réduite habituelle à la baie de Seine. Couchée sur bâbord, l’épave se présente entière à nos yeux. On atteint le mur de coque tribord à –38 mètres, le château à –40 m. La fracture de la coque au tiers arrière tribord due à la torpille du sous-marin est visible. On atteint le sable et les chaînes d’ancres à –58 m à l’avant, tandis que le safran est atteint à –60m. 


Chandelle de garde-corps

Les centres de plongée :A.S.A.M.

Centre de plongée Collignon à Tourlaville.

 


 

FAUNE ET FLORE:
La faune est constituée de bars, de tacauds, de vieilles, de congres et de homards.

 

Position ref. SHOM Profondeur Niveau requis Côte Mise à l'eau
-° -' - N.
-° -' - E.
- 30 m Niveau 2 © Port du Havre